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Place de la Commune (anciennement place de la République), à Paris, la commission Accueil & sérénité (AS) est chargée d'assurer la sécurité et la tranquillité du lieu d'occupation, et des activités politiques qui s'y déroulent. Elle fonde son action sur la médiation. Hommes et femmes de tous âges y sont les bienvenu-e-s.

Fruit de notre expérience et de nos réflexions collectives, cet article ne fige rien, mais raconte d'où nous parlons. Nuit debout perdure, la convergence de luttes se renforce chaque jour. Mais contre le projet de loi "Travaille !" et son monde, le temps presse, et l'on ne peut se satisfaire de réinventer l'eau tiède chaque matin.

Se garder de la manie des conspirations, des airs initiés, des airs mystérieux, de la dramatisation des choses simples, des attitudes "conspiratives". La plus grande vertu du révolutionnaire, c'est la simplicité, le dédain de toute pose même... "révolutionnaire" – et surtout conspirative.
                                                                                             V. Serge, Ce que tout révolutionnaire doit savoir de la répression, 1925

Préambule

Salut à toi,

Un soir, en passant devant l'infirmerie de Nuit debout, place de la Commune (anciennement place de la République), tu as vu une joyeuse bande s'affairer avec des talkies ou des bandages, avec des brassards, des airs concentrés et déterminés et pourtant le ton léger, les idées claires (au moins jusqu'à minuit), et la politique chevillée au corps. Ou bien tu les as surpris en pleine négociation avec des vendeurs de merguez ! Ou bien à intercepter ce type bourré qui voulait attraper le micro de l'assemblée populaire (AP). Ou bien tu as entendu certain-e-s s'exprimer médiatiquement, en leur nom propre – puisque notre parole n'est jamais monopolisée par un-e seul-e. Bref, tu es tombé sur la commission Accueil & sérénité (AS) ! Si tu souhaites t'y impliquer, nous t'incitons à lire au moins ces quelques grandes lignes, qui façonnent notre collectif depuis son début.

Histoire

Comme tu le sais peut-être déjà, ce mouvement social nombreux est né de l'idée d'une "nuit debout" (ou "nuit rouge") dans la foulée du défilé inter-syndical organisé le 31 mars 2016 contre le projet de loi "Travaille !". La parole politique, trop souvent écrasée par les slogans grésillants et rébarbatifs des cortèges, ou le bruit de fond médiatique, devait être libérée ! Ses initiateurs/trices (qui, comme leur qualificatif l'indique, avaient simple vocation à lancer quelque chose, sans agenda pré-conçu), militant-e-s aguerri-e-s (syndicats, partis, associations) venu-e-s sans leurs étiquettes, réunirent les volontaires, fin février et courant mars, au cours de plusieurs réunions à la Bourse du travail de Paris. Bientôt, un collectif de quelques centaines de personne s'attelait à l'action, avec comme mot d'ordre la convergence des luttes. Cette nuit d'occupation appelait une certaine organisation préalable. Nécessités logistiques (nourriture, constructions, sonorisation, par exemple) ; nécessités politiques (forme des prises de parole, notamment). Par culture politique, presque sans y penser, les différents groupes chargés de ces questions se nommèrent "commission". Celle qui devait assurer la sécurité et la tranquillité des débats, contre les flics d'abord, mais pas seulement, prit le nom "Accueil & sérénité". Dotée naturellement d'une équipe médicale capable de prodiguer les soins élémentaires, et spontanément d'une équipe légale en résistance à la répression policière et judiciaire, l'AS se donnait pour outil premier la médiation, sans nier la nécessité de l'interposition physique, voire de l'exclusion pour défendre un espace de luttes.

Mandat politique : une commission pour les luttes

Résistance pacifique, non-armée, déterminée et collective, intégrant tou-te-s les manifestant-e-s.

Mandat politique, d'emblée, donc, que celui de cette commission bariolée mais déterminée, dont quelques-un-e-s avaient une expérience de service d'ordre, mais dont la plupart découvrait l’exigence et l'implication requise, et se guidait uniquement aux relations inter-personnelles pré-existantes. Or, depuis le 31 mars et l'occupation victorieuse qui a lancé le mouvement, et dès les réunions préparatoires qui, toutes, appelaient à une convergence de luttes effective, l'AS défend une ligne résolument combative. Avec d'autres commissions, qui se sont organisées et fonctionnent indépendamment les unes des autres, mais en liens étroits, et forte d'acclamations répétées en assemblée populaire (AP), l'AS campe sur une vision du monde anti-capitaliste, anti-raciste, anti-xénophobe, anti-fasciste, anti-sexiste, anti-homophobe, anti-transphobe, anti-validiste (sans hiérarchiser ces valeurs). Trop d'anti ? Qu'à cela ne tienne ! Nous savons ce que nous ne sommes pas, et de quoi nous ne voulons pas. Voilà une première pierre essentielle à la besogneuse construction de la convergence des luttes. Ces principes soudent notre collectif, et déterminent nos réponses de terrain (cf. "L'AS pour les nul-le-s, par des nul-le-s"). Sur la place, mais pas uniquement. Car l'occupation de celle-ci n'est pas une fin en soi et l'AS se targue également d'avoir l'action militante chevillée au corps, dans la diversité de ses formes. Ses membres, par capillarité ou par habitude de longue date, se retrouvent avec plaisir et détermination dans des manifs sauvages, des occupations surprise et victorieuses, des blocages de lieu de travail, des happenings médiatiques, etc. L'AS, en définitive, entité informelle, agrégeant des parcours divers, porte concrètement le combat pour une révolution sociale, sur la place de la Commune et au dehors.

Le 31 mars, nous ne sommes pas rentrés chez nous après la manif contre le projet de loi "Travaille !". Nous avons passés une première Nuit debout, puis une deuxième... Ici ou ailleurs, autant d'espaces de débats et de luttes se sont ouverts contre le projet de loi "Travaille !" et son monde. Au-delà des engagements de chacun et chacune, au-delà de notre degré de politisation, nous nous sommes unis contre une énième attaque contre nos conditions de vie.

Toutes et tous, nous vivons ces attaques au quotidien : cumuler les petits boulots pour survivre, taffer comme des malades pour se loger et manger, bosser sans pouvoir décider de pourquoi et comment on voudrait bosser, s'user la santé au travail. Et tout se complique encore selon notre âge, notre sexe, notre origine ou celle de nos parents, notre quartier, etc.

Un même sentiment nous a rassemblé autour d'un même intérêt : nous émanciper de ces fardeaux. Ce sentiment, il faut le cultiver et l'affirmer : c'est notre force. Leur projet de loi "Travaille !" nous met un peu plus la tête sous l’eau. Notre Nuit debout est une bouffée d’air.

Notre première force, c’est de savoir d’où vient cet air : de la gauche, du mouvement social, du mouvement ouvrier, de la lutte de classes.

Notre force, c’est aussi de ne pas se contenter d’expressions toutes faites. C’est oublier les évidences, remettre en cause les pratiques, critiquer et garder le meilleur. Nous avons, chacun et chacune, un parcours différent mais il nous a mené ici, au même endroit. Ensemble, nous y parlons d’écologie, d’économie, de logement, de conditions des femmes, de néocolonialisme, etc. Ensemble, nous frappons, contre la loi "Travaille !" et son monde.

Personne ne sait ce que deviendra cet élan. Mais il n'en sortira rien si nous ne gagnons pas le retrait d'un projet de loi ni amendable, ni négociable. Il n'y a pas de petites victoires sociales : notre camp a besoin de tout ce qui peut redonner confiance. Et cette confiance nous renforcera pour discuter encore plus d’écologie, d’économie, de logement, de conditions des femmes, de néocolonialisme, etc.

Pour lutter, il faut agir. Pour agir, il faut réfléchir. Pour réfléchir, il faut discuter. Pour discuter, il faut être serein.

Pour être serein, il faut combattre fermement les comportements agressifs des machos.

Pour être serein, il ne faut pas laisser de place aux préjugés xénophobes.

Pour être serein, il faut être sûr qu’un même élan nous unit.

Pour être serein, il ne faut pas inviter naïvement ceux qui, au final, se foutent pas mal de notre camp social.

La Nuit debout accueille toutes celles et ceux qui se sentent attaqués et méprisés par le projet de loi "Travaille !" et son monde. La Nuit debout offre un espace enfin débarrassé de l’homophobie, du sexisme et du racisme. La Nuit Debout offre un cadre non pollué par les fausses solutions élaborées dans les frontières étriquées du nationalisme. Ceux qui s’y refusent n’ont qu’à aller voir ailleurs.

La Nuit debout lutte contre le patronat et les gouvernements à sa botte. Les mots existent pour résumer tout cela : la Nuit debout est anticapitaliste et antifasciste. Clamons-le joyeusement !

Recrutement

Qui participe à cette commission ?

Des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux et même des entre deux, des patients et des déterminés, des gouailleurs, des humoristes et des stoïques, des personnels de soins, des éducateurs spécialisés, des syndicalistes et des sportifs, des expérimentés dans le service d'ordre et des spécialistes de l'accueil et de la diplomatie, et celles et ceux que l'on n'a pas nommé-e-s... brefs nous tous.

Recrutement mixte, sans agisme ni sexisme. Nous travaillons à une parité femmes/hommes réelle, car elle n'est pas encore atteinte dans notre commission. L'AS cherche à être à l'image de la société : infiniment riche de sa variété ! Parce que cette approche a montré sa pertinence pour l'efficacité de notre action, et la pérennité de la confiance qui y règne depuis le 31 mars, nous accueillons les volontaires sur le double principe de la cooptation et de l'essai grandeur nature. Connaissances et ami-e-s de participant-e-s déjà actifs depuis plusieurs soirs sont les meilleurs renforts ! Mais au même titre que dans le cas d'un-e volontaire inconnu-e, il est important de se présenter à l'infirmerie (notre base) auprès de la coordination. Le ou la volontaire sera intégré-e à une équipe sans a priori, selon sa disponibilité. Cette équipe comportera au moins une personne rompue à de nombreuses reprises aux principes et aux pratiques de l'AS – un genre de formateur.

Si la personne se plaît à participer à notre commission, structurelle à Nuit debout, importante et exigeante, au rôle central mais méconnu ou incompris, et que son ou sa formateur/trice ou d'autres participant-e-s n'émettent aucune réserve, la voilà membre à part entière de la commission Accueil & sérénité ! Participation qui, cela va sans dire, n'est ni exclusive à une participation à d'autres commissions, ni astreignante à certains jours de la semaine en particulier, ni un bail de 99 ans...

Collectif de travail

Travailler ensemble, cela s'apprend aussi à l'AS. Rester sobre toute une soirée festive, par exemple, la belle affaire ! Pourtant ça passe, quand tes camarades en font de même. Hormis les conseils, les techniques et les informations détaillés dans L'AS pour les nul-le-s, nous insistons sur l'absolue nécessité d'écouter l'autre. Loin de nous la vision béate de débats aseptisés, sans engueulades, sans idées folles et finalement sans résultats. Mais la prise de parole de certain-e-s peut être entravée par des automatismes de langage discriminatoires ou des phénomènes de charisme, à l'AS comme dans tout collectif. Si nous choisissons de ne pas la pratiquer dans notre commission, la non-mixité, par exemple, combat ces oppressions insidieuses. Individuellement, sans qu'un règlement ne doive être gravé dans le marbre, il nous appartient donc de réfléchir à nos habitudes d'être et d'interagir.

En outre, comme pendant tout bouillonnement, les moyens de communication modernes saturent le temps et l'esprit. Ils doivent être utilisés à bon escient, avec des intitulés clairs, et des contenus argumentés. Au fil des jours, une spécialisation s'est dessinée : la liste courriel est dévolue exclusivement à l'information ; les numéros de téléphone dédiés, réservés au terrain, pendant l'occupation (équipe médicale, coordination sérénité) ; les fils Telegram, livrés à la loi de la jungle et aux bavardages en tout genre. Aucune information importante pour l'AS ne doit circuler exclusivement par ce dernier canal, notamment parce que plusieurs participant-e-s à la commission choisissent de se passer de "téléphones intelligents".

Le réseau interpersonnel tissé par les soirées en équipe sur la place ou en action, et concrétisé par l'échange des numéros de téléphone s'avère le plus solide et efficace. Cela dit, nous rappelons allègrement le droit de rester anonyme, ou d'être, sur le papier, n'importe qui, et incitons à ne pas décliner inutilement son patronyme, à utiliser des adresses courriels fantaisistes, à varier les plaisirs, en somme. Sur le terrain, en chair et en os, nous ne nous dissimulons pas les un-e-s aux autres, et c'est tout ce qui compte.

Actions

Composantes

Équipe médicale

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Premiers soins à l'infirmerie ; street medics en manif ; maraudes pendant et après les heures déclarées en préfecture.

Équipe légale

Diffusion de conseils juridiques et de guides anti-répression ; legal team (permanence téléphonique) ; Avocats debout.

Équipes sérénité

Avec brassards blancs siglés Nuit debout, groupes en balade sur la place.

Présence sur la place

Où ?
Barnum de l'infirmerie (stand signalé par une croix rouge).
Quand ?
Tous les jours, pendant toutes les occupations (journée et soirée). Formellement pendant les heures déclarées en préfecture ; de manière informelle et individuelle jusqu'au bout de la nuit.

Communication

Ni porte-parolat, ni secrétariat. Ami-e-s journalistes, curieux/ses ou volontaires, venez nous rencontrez sur la place ou trouvez le contact direct de l'un ou l'une d'entre nous.

Documentation

Communiqués

Comptes rendus de réunion



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Contre toutes les droites extrêmes

Depuis le 31 mars au soir, sur la place que nous occupons, les idées fusent. La parole est libre : en assemblée populaire (AP), avec des contraintes de temps liées à la logistique ; en commissions, sans limites, souvent tard dans la nuit. Grâce au travail et aux efforts de tout-e-s, y compris au sein de la commission Accueil & sérénité, la liberté d'expression ne reste pas un concept. Elle s'incarne dans l'action collective.

Aujourd'hui, nous avons réussi à faire masse. Au moins 60 villes en France (et en Europe). À Paris, des milliers de motivé-e-s convergeant chaque après-midi. Cantines, infokiosques, infirmerie, concerts, débat sous toutes ses formes animé par des organisations et des personnes variées. Place de la République, tous les jours et toutes les nuits, on se reconnaît, on se rencontre, on échange nos numéros de téléphone. Désormais, une communauté politique vivante occupe l'espace public que les gestionnaires municipaux et étatiques auraient aimé garder dépolitisé.

Mieux, nos luttes rassemblées sur la place, offensives dans les boîtes, hors des boîtes, dans la fonction publique, dans la rue, dans les squats, dans les centres de rétention, partout, nos luttes défendent un monde et ses valeurs. Nos luttes combattent les racismes, les sexismes et les ségrégations de tous ordres. Nos modes d'action varient, peuvent être source de discussions, voire de saines engueulades. Mais nos objectifs convergent fortement : solidarité des peuples précarisés, lessivés par le capitalisme néo-libéral ; modestie et détermination pour la préservation d'une planète surexploitée ; destitution des pouvoirs séparés, invention de modes de gouvernement décentralisés.

C'est à tous ces titres que, collectivement, après plusieurs discussions et plusieurs votes en AP, nous avons réaffirmé la nécessité d'exclure l'extrême droite de nos rassemblements. Ses militants, ses têtes de gondole, relais d'opinion, que nous différencions du primo-votant FN ou du jeune déboussolé. Mais la bête immonde avance souvent masquée.

Autodéfense intellectuelle face aux tentatives d'infiltration d'extrême droite

Une place pour tout le monde ?

Il nous semble important tout d'abord de définir ce qui n'est pas (forcément) d'extrême droite. La sortie de l'Union européenne (UE), le protectionnisme, la sortie de l'Oganisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) ou la dénonciation des grandes institutions financières, tout comme la question du tirage au sort sont des sujets qui ont leur place dans les débats qui peuvent traverser la place de la Commune, sans pour autant être imposés à tou-te-s les participant-e-s du fait d’avis pouvant être divergents. De plus, nous ne jugeons pas quelles sont les pensées des personnes venant au rassemblement, ni les vidéos qu'elles ont regardées avant de venir ou les bulletins de vote qu'elles ont introduites dans l'urne. Nous jugeons les actes et prises de position publiques des personnes concernées ainsi que leurs attitudes sur la place : propos racistes, sexistes ou homophobes ; tentatives d'imposition de vote sur des questions non débattues ou non advenues ; collaboration avec des médias de la faschosphère.

À partir de ces règles communes à tout mouvement progressiste, des membres de la commission Accueil & sérénité ainsi que des participant-e-s à la Nuit debout ont été contraint-e-s plusieurs fois de raccompagner sans violence une même personne au métro. Plusieurs de ses ami-e-s partageant plus ou moins ses idées n'ont pas été empêché de revenir sur la place, ils n'avaient pas enfreint ces règles de bon sens. Notre commission a pu être victime de calomnies et d'accusations très graves par des gens pouvant être de bonne foi mais aussi par des personnes ayant intérêt à semer la division et le doute au sein de la Nuit debout. Parmi ces informations non fondées qui ont tourné, on trouve la légende du couteau utilisé pour éloigner ce militant. Si il ne sait pas faire la différence entre un couteau et une cigarette électronique, on comprend mieux le fait qu'il ne comprenne pas pourquoi on le prend pour un facho. Aussi, en éloignant ces personnes pénibles nous piétinerions la liberté d'expression. Que les choses soient claires, ces personnes peuvent dire ce qu'elles veulent quand elles veulent où elles veulent si elles en assument les conséquences. Mais puisqu'elles ont tellement d'espace pour les exprimer pourquoi devraient elles venir le faire à Nuit debout ? Espace en tous points opposé à leur conception de la société. Elles commencent déjà à comprendre et à organiser leurs propres événements. Soyez en sûr, la commission Accueil & sérénité n'ira pas les faire chier là-bas et personne de Nuit debout ne cherchera à détourner leur manif sur des mots d'ordre qui ne sont pas les leurs. On aimerait que ce soit réciproque.

"L'extrême droite, on ne sait pas trop ce que c'est ? Comment juger si quelqu'un en est ?"

Ici, nous n'aborderons pas les cas de courants d'extrême droite ayant pris position clairement contre la Nuit debout. Afin de clarifier les choses nous devons préciser que les doctrines de l'extrême droite européenne sont extrêmement fluctuantes tant du point de vue économique que politique. Elle peut se dire reaganienne à un moment et le lendemain devenir étatiste, elle peut être jacobine ou décentralisatrice, elle peut se réclamer de la démocratie directe et des référendums d'initiative populaire ou d'un État fort et centralisateur, elle peut se réclamer de l'écologie comme du productivisme. Elle s'adapte à son environnement et ne rejette personne qui rentre dans sa conception restrictive de la race, de la nation ou de la religion. On le voit, on ne peut définir en un tract ce qu'est l'extrême droite. Mais on peut définir celle que nous ne voulons pas voir à Nuit debout et que l'on a déjà trop vu. Ils/elles défendent toutes ou la majorité des propositions suivantes :

  • Premier point, l'ennemi est ailleurs. La seule raison pour laquelle les Français ont des difficultés, c'est l'extérieur. L'UE, le Fonds monétaire international ou tout autre instance internationale n'est pas une cause des difficultés sociales vécues dans le pays mais les seules et uniques causes, lorsque ce ne sont pas des sociétés secrètes. Si un dirigeant politique ou économique "national" est mis en cause ce n'est pas pour ses actes ou décisions mais parce qu'il est un traître à la nation. De la même façon si la France sème la guerre à travers le monde, c'est parce qu'elle est membre de l'OTAN, si la France quitte l'OTAN, la France ne mènera plus de guerre coloniale. Ça va de soi... Ils et elles prétendent dénoncer les guerres de l'Occident à l'étranger tout en faisant l'apologie sur leurs organes de presse de généraux français (Tauzin, Piquemal par exemple).
  • Puisque l'extérieur est responsable des malheurs de la France. Tout mouvement ne cadrant pas avec leur propre idéologie est forcément piloté lui aussi de l'extérieur. Avant, les grévistes étaient payé-e-s par Moscou, maintenant, ceux et celles qui se révoltent son financé-e-s par la Central Intelligence Agency. Ainsi, selon ces personnes à qui certain-e-s voudraient donner la parole aux assemblées populaires, la Nuit debout auraient été financée par Georges Soros ou par un certain Gene Sharp. C'est promis la prochaine fois on demandera son nom au gonze qui nous file les chèques une fois minuit passé.
  • Autre point, la France est unique, ses citoyen-ne-s sont interchangeables et ne possèdent pas de vécu, d'histoire ou d'identité propre et personnelle. Leurs intérêts et leurs problématiques sont donc communes. Toute dénonciation d'oppression spécifique vient donc diviser la communauté : "Tu es antiraciste ? Bah non c'est toi qui est raciste envers les racistes. En les traitant de racistes tu les stigmatises et tu nous divises".
  • Enfin, une autre manière de repérer des fafs qui ne s'assument pas est le fait de nier le clivage gauche/droite ou de prétendre "lutter contre les guerres idéologiques". Sur ce nous citerons Frédéric Lordon, qui est on ne peut plus clair dans une interview récente : "En France, quelqu’un qui dit qu’il n’est « ni de droite ni de gauche » est immanquablement de droite, ou finira à droite". Le Pen, Soral, Macron, ils l'ont tous dit, ils sont tous de droite. Essayez de trouver un contre-exemple...

Là où le clivage gauche-droite existe tout à coup c'est dans la défense de la liberté d'expression. Défendre le négationnisme de Robert Faurisson ou de Vincent Reynouard c'est laisser "écouter des arguments constructif afin de peser le pour et le contre sans préjugé du résultat de leurs travaux" par contre exprimer l'idée que des propos de ce genre n'auraient pas leur place dans un mouvement populaire comme Nuit debout c'est être un milicien, un gauchiasse, de la vermine.

Pour conclure

Offrir du temps de parole à ces personnes c’est autant de temps perdu pour la parole de migrant-e-s, de celles et ceux qui luttent, de citoyen-ne-s prêt-e-s à construire un autre avenir. C’est aussi autant de temps perdu à débattre de leurs idées, discuter avec eux, plutôt que de se concentrer sur la construction d’une alternative politique. On vaut mieux que ça !

Défendre la démocratie directe et la liberté d'expression nous empêche t-il d'être un gros facho ? Nous laissons la parole à Henry De Lesquen, candidat de plus en plus connu aux élections présidentielles de 2017 : "Premièrement : je rétablis la démocratie qui n'existe plus dans ce pays. Deuxièmement, je rétablis la liberté d'expression. Je ne suis pas un admirateur d'Adolf Hitler mais si les gens veulent le dire qu'ils en aient le droit (...). Troisième mesure, la réimmigration, je fais partir les allogènes qui ne font pas parti de la communauté nationale. Je quitte l'Union européenne et crée une monnaie nationale (...). Le mariage homosexuel est une aberration et la première chose que je ferai c'est de le supprimer rétroactivement". Alors au nom de la démocratie on devrait accueillir ce type de personnages à bras ouverts place de la République ?

Confus, rouge-bruns, extrême droite…

Notre mandat et de repousser toute tentative d'infiltration de l'extrême droite et de ses médias. Ne doutez pas que les personnes qui s'occupent de la commission Accueil & sérénité sont bien au fait de la faschosphère et de ses modes d'action que ce soit pour le noyautage ou la baston. Il s'agit maintenant de se faire confiance, tout comme Accueil & sérénité fait confiance à la Communication pour gérer Facebook et le reste. Ne donnons pas plus de poids à la parole d'un facho qu'à celle des copains des autres commissions avec lesquels nous partageons beaucoup plus ! Il faut que nous soyons très au clair avec ces bases (anti-raciste, anti-sexiste, anti-homophobe) et le fait que non, l'extrême droite n'a pas la parole ici. C'est un minimum sur lequel nous pouvons bâtir tout le reste. Pas de chasse aux sorcières : mais pas de place ici pour les portes paroles identifiés « extrême droite » et confusionnistes : fafs, GUD, Civitas, Soraliens, mouvement du 14 juillet, église Sainte-Rita, Jour de colère, Égalité et réconciliation, leurs médias « indépendants » (Agence info libre, Line press, Media presse info, Ertv, Le Cercle des volontaires, Le Comité de salut public, Quenel+, Meta TV).

Le mouvement du 14 juillet et d'autres "comités citoyens" qui jouent en permanence la théorie du complot, la porosité avec l'extrême droite... qui viennent nous chouiner dans les pattes, on est bien obligés de traiter le problème.

Après en avoir viré un le dimanche 33 mars, on a vu défiler tous ses copains et copines, s'insurger de l'injustice du déni de démocratie et autres grandes valeurs auxquelles ils ne croient pas un instant. Il faut qu'on écarte ces olibrius mais il va surtout falloir que l'on se mette à parler un peu plus de politique dans nos assemblées si on veut pas en permanence tourner autour de nos nombrils à savoir si c'est la démocratie qui est démocratique ou l'inverse.

De quoi Baron est-il le nom ?

Si Sylvain Baron n'est pas le bienvenu, c'est parce qu'il est un symbole. La figure de ceux qui voudraient que Nuit Debout « discute avec tout le monde, même avec Soral ».

Sylvain Baron « se fout de la loi El Khomri »...

Pour Sylvain Baron, Nuit Debout perd son temps dans le « sans-frontièrisme », le féminisme et la convergence des luttes.

Pour Sylvain Baron, « quand on veut fédérer les français, on ne commence pas par des luttes accessoires ou minoritaires », c'est-à-dire, « s'occuper des réfugiés ».

Pour Sylvain Baron, il faut dépasser « certains enfermements idéologiques » pour « débattre sereinement » avec l'extrême-droite.

Qui sur la place voudrait donc que cessent les discussions sur le féminisme, les réfugiés, la convergence des luttes, sur la loi Travail ?

Qui voudrait plutôt accueillir « sereinement » l'extrême-droite.... et pourquoi faire ?

Rêver avec elle d'un monde meilleur ?

Faire une grande nuit de la quenelle ?

Construire un nouveau « Jour de Colère » ?

Pour rassembler, comme ce 26 janvier 2014, républicains islamophobes, nostalgiques de Pétain, complotistes antisémites, intégristes homophobes ?

Et... Sylvain Baron, distribuant un trac appelant à la destitution de Hollande, tranquille à Facholand, tant qu'il peut se focaliser « sur l'Union Européenne et la nécessité de restaurer notre Souveraineté pleine et entière ».

D'autres l'ont mieux compris. Pour Soral « Nuit Debout ou le mouvement de « convergence » qui ne veut surtout pas dépasser le clivage droite-gauche. Tout est dit ».

Tout est dit... allez voir ailleurs.

Nous ne cherchons pas à empêcher les Baron et compagnie de s'exprimer. Simplement, ils n'ont pas leur place dans nos Nuits Debout.

Certains sont de parfaits bouffons, d'autres d'authentique manoeuvriers. Tous sont nuisibles.

Sans trolls dans nos pattes, nous ouvrirons sereinement, avec les naïfs de bonne foi, les débats sur l'extrême-droite, ses réalités et ses dangers.

Liens utiles

Face à ces mangeurs de cerveau aux idées nauséabondes, le meilleur outil reste encore et toujours l'exercice du sens critique, le recoupement des informations, la diversification des sources. Le travail personnel. Nous relayons notamment les travaux de La Horde, qui nous semblent les plus aboutis sur la question des néo-fascismes français, mais elle n'épuise évidemment pas la connaissance de cet ennemi à combattre.